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Basé sur une interview du Pr Philippe Lefebvre, chef du Service ORL du CHU de Liège et Professeur à l’Université de Liège. Expert réputé en implantologie auditive avec une grande expertise dans la technologie des microphones implantables. Après plus de 3,5 ans de recul sur le quotidien des patients, cet implant cochléaire prouve son efficacité et sa sécurité. Une « phase 2 » devrait très bientôt commencer.

Prof. Philippe Lefebvre

Aujourd’hui, un implant cochléaire est indispensable quand l’appareil auditif ne peut plus offrir un résultat satisfaisant. Si le patient a une intelligibilité de la parole inférieure à 50 % avec un appareil auditif bien réglé, il devient un candidat à la mise en place d’un implant cochléaire. Ce dernier a comme différence, par rapport à un appareil auditif, de donner une stimulation électrique et non plus acoustique. Il constitue depuis longtemps le traitement standard en cas de surdité sévère à profonde.

Première mondiale : efficacité et sécurité

’implant stimule électriquement les neurones qui persistent dans l’oreille. En cas de surdité complète, un patient dispose d’une réserve d’environ 1 500 à 3 000 neurones. « En temps normal, il y a 30 000 neurones. Ce sont ces neurones restants qui sont stimulés et permettent au patient d’avoir une bonne intelligibilité de la parole », nous explique le Pr Lefebvre. Il a été le premier en Belgique à poser chez un patient l’implant cochléaire totalement implantable (TICI) de MED-EL, le fabricant d’implants auditifs autrichien.

Le professeur revient sur l’évolution et le défi de cette technologie : « Il faut se rappeler que, déjà dans les années 80, des systèmes à plusieurs électrodes sont mis dans la cochlée pour respecter la tonotopie. Aujourd’hui, en dehors du TICI, l’implant cochléaire moderne comporte un système qui est placé sous la peau pour envoyer les stimuli électriques et un système externe qui est le processeur externe du son. Le système externe transforme l’onde sonore mécanique en un signal électrique qui est transmis à travers la peau. Dans ce système, le transfert à travers la peau consomme beaucoup d’énergie. Depuis plusieurs années, la recherche se penche sur les moyens de faire disparaître ce processeur trop visible et peu esthétique. »

Pour y parvenir, il y a plusieurs défis à relever : le micro et toute l’électronique de traitement du signal, ainsi que la batterie rechargeable, doivent être placés sous la peau. « Ce défi technologique se complique d’autant plus quand on pense évidemment que l’on met de l’électronique dans de l’eau et que le système doit tenir 15 à 20 ans », ajoute-t-il.

TABLEAU : Critères actuels de remboursement de l’implant cochléaire en Belgique

Adultes

  • Valeur PTA : ≥ 70 dB HL dans les deux oreilles
  • Score de reconnaissance des phonèmes : ≤ 50 % à 70 dB SPL sans aides auditives
  • BERA : ≥ 75 dB nHL
  • Remboursement : Unilatéral

Enfants (< 18 ans)

  • Valeur PTA : ≥ 70 dB HL dans les deux oreilles
  • Score de reconnaissance des phonèmes : ≤ 50 % à 70 dB SPL sans aides auditives
  • BERA : ≥ 75 dB nHL
  • Remboursement : Bilatéral

Enfants (< 18 ans) avec perte auditive asymétrique/unilatérale

  • Valeur PTA : ≥ 85 dB HL dans la moins bonne oreille
  • Score de reconnaissance des phonèmes : ≥ 30 % à 70 dB SPL sans aides auditives
  • BERA : ≥ 90 dB nHL dans la moins bonne oreille
  • Remboursement : Unilatéral
Un implant cochléaire stimule électriquement les neurones restants de l'oreille pour aider les patients à comprendre la parole.

Le TICI fonctionne de la manière suivante : le micro situé sous la peau au-dessus de l’oreille capte le son, qui est alors traité dans l’implant. Celui-ci envoie ensuite une stimulation électrique sur les électrodes placées dans l’oreille interne. Les  neurones auditifs restants sont à leur tour stimulés électriquement par ces électrodes.

Souhait des patients

Les patients étaient nombreux à exprimer le souhait d’avoir un implant cochléaire qui fonctionnerait sans partie externe, qui serait également invisible et qui fonctionnerait même pendant le sommeil de l’utilisateur. Pour répondre à ce défi, deux sociétés, MED-EL et Cochlear, ont travaillé sur ce type de modèle d’implant complètement implantable. Le développement de ce dispositif est au centre des recherches de MED-EL depuis plus de 10 ans. « En réalité, Med-EL est parti d’une feuille blanche depuis 15 ans. Aujourd’hui, l’implant cochléaire Med-El est au point. En 2020, j’ai posé les trois premiers implants cochléaires sous-cutanés au monde. Ces premières opérations ont eu lieu à Liège et à Munich. La première opération concernait un jeune homme souffrant de perte auditive profonde. »

Ce défi technologique se complique d’autant plus quand on pense évidemment que l’on met de l’électronique dans de l’eau et que le système doit tenir 15 à 20 ans

— Pr Philippe Lefebvre

30 nouvelles opérations prévues

Depuis ces premières implantations, les patients n’ont pas manqué de montrer leur satisfaction. « Nous avons un suivi des patients depuis les implantations. Les résultats sont fabuleux parce que cela marche aussi bien qu’avec des processeurs externes. Les patients sont tellement enchantés qu’ils se demandent pourquoi ils doivent venir faire le suivi chez nous. Nous sommes obligés de les rappeler. Nous allons poursuivre notre travail dans une étude multicentrique dite de ‘Phase 2’ et en implanter 30 autres (au CHU de Liège, en Allemagne, à Vienne, en Pologne, à Anvers, etc.) dans les deux à trois mois qui viennent. »

Un bémol toutefois… Le produit n’est pas encore sur le marché parce que les autorités de régulations européennes n’ont pas encore donné toutes les autorisations. « Le produit aurait déjà pu être mis sur le marché il y a 20 ans. Certaines règles peuvent ralentir l’accès aux soins des patients », confie le Pr Philippe Lefebvre.

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